Buffy

par Annie Cloutier

Née dans une réserve amérindienne de la Saskatchewan dans les années 1930, l’artiste canado-amérindienne Buffy Sainte-Marie a connu une gloire internationale au début des années 1960, contribuant à l’idéalisme et à l’exploration spirituelle de la génération beatnik aux côtés de Bob Dylan, Joanie Mitchell, Peter, Paul and Mary et les autres, jusqu’à devenir une figure de proue du mouvement hippie, ainsi que des revendications pour la paix et pour la reconnaissance de la culture amérindienne.

Et puis, à partir du milieu des années 1960, plus rien. Silence radio. Sainte-Marie en a-t-elle subitement eu marre du vedettariat, du brouhaha et des nuits givrées et échevelées de Greenwich Village et de Haight Ashbury ? Chercher le calme, se recentrer, s’éloigner de la clameur et du clinquant, de fait, est le genre de décision qu’elle en serait peut-être venue à prendre d’elle-même si sa carrière, de manière prématurée, n’avait pas d’abord été sabotée en haut lieu. Sous les présidences de Johnson et de Nixon (1963-1974), en effet, une liste noire interdisait la diffusion commerciale aux États-Unis de certains artistes particulièrement engagés, souvent à leur insu. En raison de ses vibrants plaidoyers pour la paix, la préservation de l’environnement, ainsi que les droits et la dignité des autochtones, Sainte-Marie était considérée comme « une artiste à supprimer ».

Comme atteinte à la liberté d’expression au cœur même du pays-« phare » de la démocratie, on ne cauchemarde pas mieux.

Pour le coup, Saint-Marie n’a jamais cessé d’avancer sereinement et d’offrir le meilleur d’elle-même. Elle n’aime pas désespérer. Bien qu’elle ait été placée en foyer d’accueil dès l’enfance, puis adoptée à des milliers de kilomètres de son lieu de naissance, elle affirme avoir toujours senti qu’elle était une fillette, puis une adolescente, puis une femme heureuse.

« Aborder les choses dans un esprit de pardon » constitue un principe fondamental à ses yeux. Car chacun, sans cesse évolue, tant les êtres que nous aimons que ceux qui nous causent du tort, et c’est notre sollicitude et notre bienveillance qui favorisent ou non cette évolution individuelle et collective, cette rédemption qui nous porte vers « le mieux ».

Autre règle capitale : partir de soi, de la lumière en soi, afin de répandre son « soleil personnel » sur l’existant. Ceci est particulièrement crucial pour les artistes. Que nos parents, notre éditeur ou nos amis approuvent ce que nous faisons ou non. Que notre élan, notre voix, notre message soient transportés d’allégresse ou, au contraire, chevrotants ou souffrants, l’amour et le recueillement doivent guider ce que nous offrons. Ce faisant, nous personnifions une façon d’être unique susceptible d’inspirer les autres. À tout prix, il faut éviter de succomber à la récupération commerciale, aux modes spirituelles, au culte de l’image, au conformisme superficiel et malveillant.

Courage ! clame-t-elle par ailleurs. Prenez soin des autres. Ne cessez jamais de faire de votre mieux et d’espérer. Demeurez sur le chemin de la joie. Poursuivez. L’argent, les malversations et la mauvaise foi ne mènent pas le monde ! Cette impression n’est qu’illusion ! Les règles physiques, chimiques et… commerciales n’expliquent pas tout. Ce qui règle la vie, la nature et la poursuite du monde… c’est l’amour et le don.

Eh ! oui. Comme toujours.

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