50 nuances de femme

par Annie Cloutier

1. Je suis née le 1er novembre 1973. L’Halloween, au Québec, commençait tout juste à exister. Je suis sorcière. Depuis les tout débuts.

To a Pagan, every person is a wondrous, sacred creation. Every plant, rock, tree, everything seen and unseen, is unique and beautiful.  The purpose of life as seen through a Pagan's eyes might be best described as: to live in harmony with nature, to develop our personal and spiritual potential, to be aware of and to manifest the inherent Divinity within us all, and finally, to help all people to do the same.

2. Je suis mère au foyer. Me tenir le plus proche possible de mes adolescents est ce qui compte le plus à mes yeux en ces années où ils ont besoin de me savoir là. Besoin. Oui.

3. Je crois au libre-choix des femmes dans tous les domaines. À leur égalité. À leur dignité. Ça semble tellement évident.

4. Je suis mariée. Je porte mon alliance en tout temps.

5. Je ne crois pas que le hijab, le tchador ni même la burqa soient nécessairement des symboles d’oppression, même si je crois que le port de la burqa (et de la burqa uniquement, pour des raisons de citoyenneté à visage découvert) devrait être interdit au Canada.

6. La plupart de mes fantasmes sexuels sont banals, bénins, flous et ont vaguement à voir avec la soumission. Dans ce domaine, je suis assez vieille école. Peut-être même arriérée.

7. Adolescente, j’ai lu des dizaines et des dizaines de Harlequin et de Danielle Steel (ceci expliquant peut-être cela). Je n’en suis pas tout à fait remise. Je n’arrive pas à comprendre la passion des hommes pour la sexualité sérielle, la masturbation, la prostitution et la pornographie.

8. Pour moi, sexualité et amour ne peuvent pas être scindés. Ou alors entretenir une vision sèche des rapports des corps. Les banaliser.

9. J’aurais aimé être duchesse du Carnaval quand j’avais dix-huit ans. J’enviais celles qui l’étaient. Elles me semblaient être des femmes qui savaient où elles allaient.

10. Si j’étais professeure de littérature à l’université, je n’enseignerais que des femmes – à l’exception possible de Harry Mulisch. Je comprends donc qu’un homme puisse n’enseigner que des hommes.

11. Je suis d’accord avec Nancy Huston : le fait que la société associe la catégorie « homme » à l’humanité (alors que la catégorie « femme » est très bien comprise comme un cas distinct) nuit aux hommes. Ils manquent de repères particuliers à leur genre.

12. Cette affaire de « cas distincts » ne fonctionne qu’à condition que les deux genres, féminin et masculin, relèvent de catégories propres. Et non les femmes uniquement.

13. Je n’ai pas l’intention de lutter contre mon corps en vieillissant. Botox, chirurgie, diètes amaigrissantes : ce n’est pas pour moi. Je m’aime bien telle que je suis.

14. J’aime que ma maison soit propre et ordonnée.

15. Je raffole de lingerie, de maquillage, de mes longs cheveux blonds et de mes talons hauts. Parfois, néanmoins, je me sens plus « moi » en vêtements mous de yoga.

16. J’ai hâte d’avoir des petits-enfants.

17. Je suis fidèle sexuellement à mon mari depuis plus de 20 ans.

18. Je n’ai pas allaité mes enfants aussi longtemps que je l’aurais désiré. Il m’arrive encore parfois de le regretter.

19. Mes auteures féministes fétiches sont Annie Leclerc et Nancy Fraser.

20. Les concours de mini-miss ne m’offusquent pas tant que ça. Je ne les trouve pas si différents des séances de hockey à 5 h du matin pour les garçons du même âge, même si les comparaisons de ce genre sont toujours risquées. Les deux situations me paraissent navrantes, mais ancrées dans une société de l’apparence et de la performance. Je trouve qu’on critique plus facilement les comportements des filles que ceux des garçons. Je ne suis pas prête à blâmer les parents.

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21. Je ne crois pas à une histoire simpliste de femmes soumises à un patriarcat tout au long de l’Histoire. Je pense que patriarcat et matriarcat n’ont jamais cessé de s’emmêler, même si le patriarcat est plus puissant physiquement. Je pense que la plupart des femmes ont su mener une existence agréable au cours des siècles. Je pense aussi que des rôles effacés et discrets peuvent être aussi dignes et heureux de figurer en bonne place dans notre histoire que le pouvoir et l’enrichissement.

22. Il ne s’agit pas de jouissance à proprement parler (cf. critique féministe des ménagères des années 1950 pâmées sur leur réfrigérateur dans la publicité), mais j’éprouve un plaisir puissant à l’achat de meubles et d’articles de décoration chez IKEA.

23. Lorsque je donne mon temps pour mon mari et mes trois fils, lorsque je leur cuisine leur plat préféré ou que je couds les boutons de leur chemise, j’éprouve un sentiment de paix et de bonheur rassérénant.

24. J’aurais aimé vivre en Angleterre au XIXe siècle. Dans la bourgeoisie naissante, évidemment.

25. Je crois que mes problèmes d’anxiété, au moins en partie, sont liés au fait d’être femme.

26. J’endosse la cause de Lola.

27. Je tolère mal la prostitution. Je reconnais que certaines femmes privilégiées peuvent faire le choix libre et éclairé de la pratiquer. Mais c’est le cas d’une infime minorité. C’est comme pour l’armée : je regrette que des personnes entrent de plein gré « dans la profession ». Je voudrais que la société propose autre chose à celles qui envisagent de s’y adonner – d’autres valeurs, d’autres exemples de vie épanouie pour les prostituées privilégiées; des mesures de soutien abondantes et gratuites pour toutes les autres.

28. J’adore Downton Abbey, mais depuis qu’Anna s’est faite violemment agressée, je suis figée. Incapable de poursuivre. Atterrée.

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29. Je rappelle à mon mari de téléphoner à sa mère régulièrement. Les femmes sont les piliers des familles et des belles-familles. Elles entretiennent les liens.

30. Je flâne sur Pinterest. J’ai un tableau « Foyer doux foyer ».

31. Je trouve que la vie personnelle de Simone de Beauvoir fait pitié.

32. Chaque femme entretient au moins une relation mère-fille au cours de sa vie.

33. Je ne comprends pas que partout ailleurs en Occident, des femmes renoncent à leur nom pour prendre celui de leur époux lorsqu’elles se marient. Cela me semble une telle extorsion de l’identité! (Même si le nom « de jeune fille » des femmes est presque toujours celui de leur… père, bien sûr.) Par contre, je trouve sympathiques les couples (très rares) qui portent tous les deux leurs deux noms composés.

34. Je trouve que les femmes qui travaillent moins sont bien placées pour changer le monde de manière positive. Plus que les politiciennes qui défoncent le plafond verre, oui. Les femmes qui ont le temps de militer ne se soumettent à aucune ligne de partie, à aucun lobby. Elles ne défendent pas l’extraction du pétrole à Anticosti. Elles n’ont peut-être pas « le pouvoir », comme dit Lise Payette, mais elles ne peuvent pas, en un seul projet de loi « mammouth », détruire les acquis des dernières 100 années non plus.

Wo menute

35. J’aime le rose.

36. Par contre, je trouve que les globes terrestres roses pour les petites filles, ça franchit la limite du tolérable en matière de ségrégation sexuelle.

37. J’essaie d’être gentille, avenante, compréhensive. J’ai l’impression que c’est ce qu’on attend des femmes.

38. À Cannes, en 2013, François Ozon a déclaré : « Beaucoup de femmes fantasment sur le fait de se prostituer. Ce qui ne veut pas dire qu’elles le font, mais être payé pour une relation sexuelle est quelque chose de patent dans la sexualité féminine.» Je n’aime pas qu’un homme s’exprime de manière aussi péremptoire sur la sexualité des femmes. Qu’est-ce qu’il en sait, franchement! Mais sur le fond de la chose… je ne serais pas surprise qu’effectivement, plusieurs femmes (pas toutes et pas nécessairement une majorité) fantasment à l’idée de se prostituer. C’est tellement ancré dans nos représentations! Je pense qu’Ozon se trompe sur la motivation, néanmoins : à mon avis, c’est la possibilité de l’amour (Pretty woman, 50 shades of Grey) et non l’argent, qui est le moteur fantasmatique ici.

39. J’écris « égalité entre les femmes et les hommes ». « Conciliation famille-travail ». Je fais attention au langage. À ce qui doit être énoncé en premier.

40. Je suis heureuse d’avoir rencontré l’homme de ma vie à 20 ans. L’histoire qu’a posteriori, je me raconte à ce sujet, c’est : « J’ai échappé à 10 ans de misère sentimentale, de soirées dans les bars et de torrents de larmes à chaque espoir déçu. »

41. Je trouve que de façon générale, nous ne parlons pas assez de nos menstruations. Elles font pourtant partie non seulement de nos vies, mais du regard que nous posons sur l’existant.

42. J’apprécie les Femen. J’apprécie leur drive, leur audace et leur formidable courage. Parce qu‘elles bousculent et font grincer des dents. C’est nécessaire, parfois.

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43. De la main gauche, je l’emporte presque sur mon fils aîné au tir au poignet. (Je suis gauchère. Lui pas.)

44. Lorsque j’aurai terminé mon doctorat, je veux être famille d’accueil et m’occuper de petits bébés. Je m’ennuie des jeunes enfants.

45. J’essaie de laisser pousser mes cheveux gris. Je ne sais pas si je vais tenir le coup. J’ai besoin de vos encouragements. Déjà, les gens secouent la tête avec perplexité lorsque j’évoque mon intention. Apparemment, à 41 ans, je suis trop jeune pour me « laisser aller » comme ça.

Good looks fade...

46. Femmes qui courent avec les loups, de Clarissa Pinkola Estés. Chaque femme devrait l’avoir lu au moins une fois dans sa vie. Pour les archétypes. Pour la femme sauvage. La que sabe. Pour la sorcière en nous.

47. Solitude face à la mer, d’Anne Morrow Lindbergh, également. Daté, bien sûr, mais si on accepte de laisser de côté nos conceptions postmodernes quant à la division des tâches… une réflexion intemporelle sur le don, le déploiement de soi, la création, le domestique et la féminité.

2010-05-23 03-07-03

48. J’ai adoré accoucher. J’en garde le souvenir des trois plus formidables moments de ma vie. Ça fait mal, oui. Mais oh! Quelle puissance de femme, quelle joie et quelle intensité!

49. J’adore être une femme. Je n’aurais pas voulu être un homme.

50. Écrire ceci me demande du courage. Il me semble que trop de sujets de discussions sont encore minés dans notre société libre, féministe et démocratique. Il me semble qu’être autonome et affirmée, dans mon cas précis, consiste à ouvrir des brèches pour que tout ce qui nous constitue – et, fût-ce secrètement, nous lie – puisse avoir droit de cité.

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