Mépris… mépris?

par Annie Cloutier

Un écrivain en vue lit mon article « Pourquoi je n’irai pas manifester demain ». Il réagit ainsi sur mon mur Facebook :

Êtes-vous sérieuse? Ou ne cherchez-vous qu’à attirer l’attention?

Par courriel personnel, je lui réponds :

J’ai retiré votre commentaire sur mon dernier statut car j’estime qu’il est méprisant et qu’il n’apporte rien à la discussion (aucun argument). Si vous voulez proposer un argument, vous êtes toujours le bienvenu.

Toujours par courriel personnel, il revient à la charge :

Ce qui est méprisant, c’est votre attitude pathétique après un drame aussi épouvantable. Vous demandez-vous vraiment ce que « Je suis Charlie » veut dire? Est-ce si difficile à comprendre, criss? Êtes-vous réellement habitée par l‘idée complètement stupide que la situation se compare à celle de CHOI-FM? Êtes-vous désespérée pour de l’attention médiatique à ce point? Je ne sais pas qui vous êtes et ai de moins en moins envie de le savoir.

J’ai expliqué publiquement, tant sur Facebook que sur mon blogue, de nombreux aspects de ma position. J’ai aussi passé des heures à discuter personnellement avec tous les gens qui m’en ont fait la demande, qu’ils soient d’accord avec moi ou non. Je ne reviendrai pas sur les fondements de mon opinion ici. (Si vous m’écrivez respectueusement, je vais vous répondre.)

Ce que je veux dénoncer publiquement, c’est l’attitude de cet écrivain. Son mépris automatique, monolitique et absolu, de la part d’un homme qui fait métier de réfléchir, n’est pas acceptable. Son refus d’envisager mes arguments pour ce qu’ils sont, plutôt que de les ridiculiser en les éludant, est indigne.

Je pense sincèrement qu’il me donne raison sur au moins un point, le numéro 3 de mon texte d’hier : je me méfie de l’émotion exacerbée des derniers jours.

Sans insister, évidemment, sur le paradoxe qu’il y a à insulter, au nom de la liberté d’expression, une femme (ou un homme) qui prend courageusement la parole pour exprimer un malaise, une décision contraire à celle de la majorité. Une femme qui insiste constamment sur l’ouverture, le respect et l’importance des discussions argumentées.

Je demeure très disposée et curieuse à connaître vos motivations à être Charlie ou non.

Je n’aime pas avoir à défendre des interprétations complètement infondées de mes textes, mais je vais le faire sur quelques points ici :

1-En aucune façon, je ne considère que Charlie Hebdo ait mérité ce qui lui est arrivé.

2-Je suis atterrée comme tout le monde par les attentats. Je me sens solidaire du peuple français et des personnes endeuillées.

3-La liberté d’expression me tient profondément à cœur. Je trouve toutefois que sa définition est pour le moins floue et galvaudée. C’est pourquoi j’hésite à en faire un principe absolu.

4-J’encourage, soutiens et respecte les gens qui sont Charlie et qui participent à la marche d’aujourd’hui.

Je voulais juste écrire que pour moi, la meilleure façon de soutenir la liberté d’expression, c’est de prendre la parole courageusement. De réfléchir quotidiennement à la destruction que le néolibéralisme et l’austérité sont en train d’opérer à grande échelle et qui réduira de manière autrement plus efficace, mais moins spectaculaire, les conditions concrètes de cette liberté que nous chérissons tant. De s’indigner contre les lois montréalaises qui limitent la liberté de rassemblement. De protester contre la mort lente de Radio-Canada. Etc.

Je tiens à rappeler que j’ai publié une caricature du prophète sur mon mur cette semaine. Un geste que très peu de personnes ont posé. C’est une des mes façons à moi de participer.

Je voulais finalement faire remarquer que la liberté d’expression, c’est aussi une responsabilité : celle de bien lire ce qui est « librement exprimé » et d’y réagir avec intelligence, réflexion et bonne foi.

p.s. : La caricature du prophète est du dessinateur québécois Richard Vallerand. Je la reproduis ici.

Ceci n'est pas Mahomet.

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