Confession amoureuse

par Annie Cloutier

À Alexandra, qui m’a appris qu’il est permis de jubiler.

Mon fils, l’adolescent de 13 ans, se prépare pour l’école.

Sur le divan, thé entre les paumes, je le contemple.

Il mesure cinq pieds et huit pouces, maintenant.

Même en bottes à talon, je peux reposer contre son épaule.

Il était un bébé agité et anxieux. (J’en ai parlé ici.)

Pendant des jours, d’heure en heure, je l’ai allaité.

Annie_Numa_Stoel

Petit, il m’a parfois ébranlée.

Je craignais qu’il ne soit malheureux.

Qu’il ne construise un drame de sa vie.

Deux choses, néanmoins, nous ont toujours soutenus : notre confiance et notre complicité.

Ensemble, nous avons réalisé ce que signifie : « projection d’anxiété ».

Nous nous sommes regardés dans les yeux.

Nous sommes parvenus à nous calmer.

Tout, alors, s’en est ensuivi.

L’époque tourmentée est bel et bien révolue.

Il est beau, il est grand, il est fort et tellement drôle, tellement attachant!

Intelligent, juste, adorable, bourré de talents.

Je l’aime à la folie, ce bel adolescent.

Il fut pourtant un temps où je m’empêchais d’éprouver ce genre de sentiment.

Voix sèche, ricanante, impérieuse dans ma tête :

Pense à ta carrière, à ta vie sociale, à ton doctorat!

Ne sois ni quétaine, ni sentimentaliste ni mielleuse!

Ne te noie pas dans la collante maternité.

Gnak gnak, grinçait la sorcière.

Et n’est-ce pas vaguement incestueux?

Ne te vante pas d’avoir réussi tes enfants.

Et voici que je ne me retiens plus.

Je l’aime. Je l’aime. Je l’aime.

Je raffole de lui.

L’autre jour, chez Simons, un manteau hors de prix.

Je dis : « Nous allons y penser. »

Il hoche la tête. Ne pas trépigner.

Il a appris.

Et puis, devant l’escalier roulant, me retournant :

« Bon, allez, on le prend. »

Il est si beau, si grand, si séduisant!

Je dépense sans compter. Je ne résiste pas.

La joie que me procure cet enfant!

Écrire à quel point être sa mère me comble!

Le voir grandir et s’accomplir!

Pour rien au monde je n’aurais manqué ça.

Je t’aime, Numa.

Numa 13 ans II

Ce texte fait suite à Édouard.

Publicités