Comment parler de conciliation famille-travail avec son conjoint? Faites le test!

par Annie Cloutier

Dans le texte qui suit, le féminin, ainsi que les termes de « conjointe » et de « mère », incluent le masculin et les termes de « conjoint » et de « père ».

Dans Parler de maternité et de féminisme, je rappelle l’erreur, pour toutes les mères, qu’elles travaillent ou non contre rémunération, qui consiste à envisager les choix de conciliation famille-travail comme leur appartenant entièrement. J’explique qu’un conjoint qui manifeste de bonne foi son ouverture en déclarant : « Fais ce que tu veux, chérie, c’est ton choix », se garde en fait, consciemment ou non, une marge de manœuvre considérable quant à l’issue de l’union. Advenant une séparation, il lui sera en effet possible d’affirmer qu’il ne doit rien à sa conjointe, étant donné que travailler moins contre rémunération s’est avéré être son choix (à elle).

Très bien, dites-vous. Mais au-delà de la sollicitude et de l’approbation manifestées lorsque le couple va bien, à quoi reconnaît-on un conjoint convaincu de la beauté et de la valeur de la maternité au foyer (ou d’une réduction du temps de travail) et disposé à assumer cette conviction jusqu’au bout, même en cas de séparation?

Voici un bref questionnaire que j’ai intitulé : « Votre conjoint reconnaît-il vraiment l’occupation de mère au foyer? » Il s’agit d’un clin d’œil aux tests qu’on trouve dans les revues grand public. Je ne propose pas de clé d’interprétation. À vous de réfléchir à ce que vous considérez comme un score honorable. Le test s’applique également à toutes les femmes qui prennent des congés de maternité ou qui organisent leur vie familiale de manière à travailler moins ou à obtenir des revenus moins élevés. Il comporte 20 énoncés. Vous répondez par oui ou non.

Peu importe le résultat, que vous soyez à la maison ou non, mon conseil le plus chaleureux est que vous preniez le temps, une fois de temps en temps du moins, de discuter de ce genre de choses avec votre conjoint.

  1. Votre conjoint détient une assurance-vie sur son salaire à votre profit.
  2. Il a signé un contrat d’union de fait ou de mariage.
  3. Il verse la totalité de ses revenus dans un compte conjoint.
  4. En gros, il ne dispose pas de plus de temps libre que vous.
  5. Il accomplit une part importante des tâches ménagères.
  6. L’argent qu’il consacre à ses loisirs et à ses gâteries est comparable à celui dont vous disposez pour les mêmes buts.
  7. Vous êtes conjointement propriétaires de tous vos achats importants.
  8. Votre hypothèque est payable à partir d’un seul salaire sans que la famille se sente prise à la gorge. Il est d’accord pour vivre dans une maison modeste et abordable.
  9. Lorsqu’il affirme que « la famille est importante pour lui », cela ne signifie pas nécessairement qu’il passe énormément de temps auprès de vos enfants, mais cela signifie bel et bien qu’il accepte que la plus grande part de ses revenus soit consacrée au bien-être familial. (Ceci inclut le soutien d’une conjointe qui dispose de moins de revenus que lui.)
  10. Le bien-être de sa conjointe est plus important à ses yeux que ses revenus (c’est-à-dire les revenus de sa conjointe).
  11. Il valorise le calme, la lenteur et la modestie.
  12. Il considère votre couple comme une entité formée de deux personnes interdépendantes. (Et non comme deux personnes autonomes et cohabitantes qui se séparent les factures quotidiennes tout au plus.*)
  13. Il reconnaît que le temps passé à la maison est un temps bien occupé qui crée de l’abondance au sein de la famille.
  14. Il trouve que vous mettez vos talents et vos capacités au service de la communauté.
  15. Lorsqu’il dit : « C’est ton choix. Décide si tu veux être à la maison ou non et je vais soutenir ton choix », il réfléchit à la question suivante : pourquoi lui, n’a pas à faire ce choix? Pourquoi, le cas échéant, n’est-ce même pas envisageable qu’il choisisse entre ces deux options?
  16. Il réfléchit à ce en quoi consiste l’égalité, l’équité, l’autonomie, le don et le soutien au sein des couples.
  17. Même si les arguments biologisants sont acceptables, il ne s’y cantonne pas. Ses réponses dépassent le « les femmes aiment s’occuper des enfants, ça a toujours été comme ça ».
  18. Il vous encourage à réfléchir à ce que vous voulez faire de votre vie. Il vous rappelle la nécessité de savoir qui vous êtes, ce à quoi vous aspirez. Il le fait parce que votre bien-être lui tient à cœur et non parce qu’il tient absolument à ce que vous travailliez contre rémunération.
  19. Il est ouvert à la possibilité que vous soyez à la maison toute votre vie si c’est là votre vocation, mais il veut s’assurer qu’il s’agit bien d’un choix, et non une situation dans laquelle vous vous enlisez parce que vous ne savez pas comment faire autre chose, le moment venu.
  20. On peut parler avec lui, évoquer toute question liées au partage des tâches et à la sécurité financière. On ne craint pas de le faire.

*Il ne s’agit pas de condamner cette vision du couple, dont je reconnais qu’elle semble convenir à un nombre croissant de couples et d’individus. Néanmoins, si votre conjoint conçoit le couple ainsi, il s’agit d’un indicateur (parmi d’autres) de sa vision de l’interdépendance et de la probabilité qu’il vous assure son soutien peu importe les aléas de vos vies.

Het beste van Gerrit en Annie

Photo : Annick Fortier

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