Le jour où je suis devenue moi

par Annie Cloutier

Avant-hier, m’aventurant dans le garage, j’ai constaté avec effroi qu’un linceul recouvre mon vélo : de la toile d’araignée.

Mettant un terme à une résistance de près de 15 ans, nous sommes devenus membres de Costco. Nos ados sont enchantés : enfin du prêt-à-manger surgelé. Notre cégépien est plus critique : selon lui, nous abdiquons devant les pressions du marché néolibéral sur la classe moyenne. Au moins n’avons-nous encore jamais mis les pieds chez Walmart.

J’ai offert un BBQ à mon mari pour son anniversaire.

Je suis plongée dans la lecture du Body Book de Cameron Diaz et d’ It’s All Good de Gwyneth Paltrow.

Fatiguée des critiques au sujet des chiâleux de Sillery et des mensonges médiatiques, je songe à mettre mon engagement social sur la glace pour boire mon thé aux baies d’açai en paix en écoutant Downton Abbey sur Netflix.

Et ce matin, c’est en voiture que je mène mon fils à l’école, avant de me précipiter vers ma séance de yoga chaud.

Je m’embourgeoise, pas de doute. Étrangement, néanmoins, j’ai l’impression de n’opérer qu’un léger redressement qui me ramène à moi.

Athée bourgeoise, carré rouge raffolant de Chanel, IKEA, végétarisme : je peaufine mon tableau « chaussures à talons » sur Pinterest entre deux séances au conseil municipal pour sauver des maisons de la démolition.

Ainsi que je l’écrivais récemment à un ami : « Pour autant, par rapport à une moyenne nationale qui n’existe que dans ma tête, mettons, je continue de penser bien sincèrement que je demeure très grano, engagée et écolo. C’est mon rapport à l’idéologie et à la culpabilité qui est en train de changer, je pense. »

Triomphe de l’individualisme? Moi qui ai jadis juré de faire passer l’intérêt collectif avant la satisfaction de mes besoins.

Mais le point d’équilibre s’est déplacé, dirait-on. Ce doit être mes 40 ans. J’aspire à mieux assumer mes contradictions.

 

 

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