Les invasions barbares

par Annie Cloutier

La densification raisonnable constitue un enjeu d’une actualité criante. Maintenant que la saison de la construction bat son plein, chacune et chacun sont en mesure de constater les ravages qu’opèrent les bulldozers et les pelles mécaniques dans nos environnements, détruisant notamment des arbres matures, ainsi que des massifs, des buissons et des boisés essentiels à l’écologie urbaine.

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Trois buts majeurs à la présente publication :

  • vous inviter à lire, ci-bas, la lettre que Geneviève Roy a fait parvenir au Soleil la semaine dernière;
  • vous inviter à écouter l‘entrevue de Catherine Lachaussée avec le docteur Pierre Gosselin, médecin-conseil à l’Institut de la santé publique du Québec, qui explique pourquoi la Ville de Québec doit de toute urgence se doter d’une politique de préservation des arbres;
  • et proposer sept étapes aussi logiques que cruciales qui permettent de distinguer une densification raisonnable d’une densification qui n’a d’écologique et de citoyenne que le nom :
  1. D’abord, rendre le transport en commun gratuit et fréquent dans les quartiers centraux des villes. Doter chaque voie de circulation de deux pistes cyclables et de deux trottoirs (c’est-à-dire de chaque côté de la rue).
  2. Ensuite, maintenir ou reconstruire les services de proximité : loisirs, parcs, arénas, terrains de jeux, dépanneurs, CLSC, commerces, etc.
  3. Puis, réduire la largeur des voies de circulation automobile, afin de réduire l’espace asphalté.
  4. Alors, construire de nouvelles habitations de tailles raisonnables sur les espaces de stationnement à ciel ouvert. Y planter de nombreux arbres. Ne construire de nouveaux stationnements que sous-terrains.
  5. Éventuellement, construire de nouvelles habitations de tailles raisonnables dans les autres espaces vacants, sans toucher aux arbres présents.
  6. Planter des arbres partout où c’est possible.
  7. Finalement, lorsque tout cela est mis en place, construire de nouvelles habitations de tailles raisonnables là où des maisons non-rénovables doivent être démolies.

Parce que :

  1. Il ne sert à rien de densifier le centre si ses résidents ne peuvent s’y déplacer de façon écologique et active. Si rien ne modifie de façon drastique la façon dont il est possible de se déplacer à Québec en ce moment, la densification créera des engorgements importants dans les quartiers centraux.
  2. Il ne sert à rien de densifier le centre si ses résidents doivent faire leurs courses, mener leurs enfants à l’aréna et consulter une spécialiste de la santé dans un CLSC de la périphérie.
  3. Il ne sert à rien de densifier le centre tout en continuant d’octroyer une place reine à l’automobile dans la planification de nos villes. Nos boulevards sont plus larges que trois boulevards européens. Il faut mettre fin une fois pour toutes à notre attitude passionnée, mais rétrograde, vis-à-vis des grosses voitures et de l’asphalte.
  4. Il ne sert à rien de densifier le centre en détruisant ce qu’il possède de plus utile à la vie citoyenne et à la santé publique : les arbres et les services de proximité. Densifier, c’est d’abord se débarasser du plus nocif : l’asphalte et la priorité accordée à l’automobile.
  5. La densification est effectivement souhaitable dans les endroits de faible valeur environnementale ou citoyenne.
  6. La densification ne peut rien pour améliorer notre qualité de vie, notre environnement et notre santé si elle ne prévoit pas un couvert végétal majeur en plus de nouvelles demeures.
  7. La densification qui jette au rebus ce qui peut encore servir est une aberration.

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Autres textes en lien avec la densification raisonnables sur ce blogue :

Pour une densification raisonnable à Québec

Un autre grand moment de démocratie

Voici maintenant la lettre de Geneviève Roy :

Opinion adressée aux lecteurs du Soleil en ce 29 mai 2014

Geneviève Roy

Été 2012, rue Louis-Hippolyte-Lafontaine (faisant partie du site patrimonial de Sillery) : c’est le choc. Quatre condos modernes au gabarit massif s’élèvent dans cette rue majoritairement occupée par des cottages blancs des années 1930-40, trahissant l’absence de souci pour l’intégration au milieu de l’entrepreneur et des autorités qui ont délivré un permis. C’est la colère et l’incompréhension dans le voisinage.

C’était le début des invasions. Depuis, dans plusieurs secteurs de Sillery, la mise en vente des bungalows et cottages construits dans les années 1940 et 1950 est généralement suivie de leur destruction, puis de leur remplacement systématique par des bâtiments modernes aux volumes imposants et qui semblent être fabriqués en série. Ceux-ci arrivent généralement par paires et occupent le moindre pouce carré disponible, faisant fi des haies naturelles, des arbres matures et des pelouses qui ornaient auparavant les terrains.

Avec leurs fenêtres immenses, leur taille monumentale, leur terrain dénudé de toute végétation et leur proximité effrontée des voisins, ces nouvelles demeures défigurent nos rues qui étaient jusqu’à tout récemment caractérisées par des maisons unifamiliales avec jardin et couvert végétal généreux. La Ville, trop heureuse d’y trouver son profit, néglige toute notion élémentaire d’urbanisme (le respect du bâti existant) et fait la sourde oreille aux citoyens qui contestent ou questionnent ses décisions.

Le développement de nos vieux quartiers doit-il être dicté par la seule loi du profit? C’est une aberration! J’invite les citoyens à contacter dès maintenant leurs élus et les dirigeants de la Ville pour leur dire qu’ils en ont assez! Il est plus que temps de modifier les règles du jeu, de lancer un appel à la créativité et de mettre fin aux invasions barbares*.

Geneviève Roy

Résidente de la rue Joseph-Rousseau, arrondissement Sainte-Foy-Sillery

  • barbare étant pris dans le sens de « qui choque, qui est contraire aux règles, au goût, à l’usage », « qui n’est pas civilisé » (le Robert).

 

c.c. :

Monsieur Régis Labeaume, maire de Québec

Madame Julie Lemieux, responsable de l’aménagement du territoire,

Monsieur Paul Shoiry, conseiller municipal Saint-Louis Sillery,

Madame Christiane Trudel, présidente du conseil de quartier de Sillery,

Monsieur Denis Jean, directeur du Service de l’urbanisme, Ville de Québec.

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Et d’autres photos :

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