« Vivre, c’est être utile aux autres »

par Annie Cloutier

Les pratiques médiatiques et démocratiques québécoises laissant parfois à désirer, Québec Solidaire continue d’être trop souvent présenté comme une option politique peu ancrée dans la réalité, et ce, même s’il est le seul parti à défendre un programme complet et chiffré, plutôt qu’à faire campagne en attaquant les bilans des autres avec pour seuls arguments des phrases choc sans sens, uniquement conçues pour être répétées ad nauseam dans le but de les transformer en prémisses que les journalistes eux-mêmes en viennent à ne plus savoir réfuter.

Partout où ils réussissent à se faire entendre, Françoise David, Andrés Fontecilla, Amir Khadir, Manon Massé et les autres, au contraire, proposent des idées véritablement novatrices, efficaces et intelligentes, qui font réfléchir aux possibilités concrètes qui sont à notre portée pour améliorer la société québécoise. Ces idées, hélas, continuent de n’être que peu considérées par les médias dominants, alors qu’une importance démesurée est accordée aux opinions peu éclairées de Janette Bertrand, à la possibilité (nulle) qu’un référendum soit tenu au cours des prochaines années, à certains ouï-dires concernant le passé des candidats et à l’obsession individualiste pour les réductions d’impôt.

Avec la campagne électorale en cours, nous touchons le fond du baril. Si un nombre important de mes concitoyennes et concitoyens n’en viennent pas rapidement à la conclusion que les enjeux les plus urgents pour notre santé sociale et démocratique sont l’instauration d’une économie verte, la lutte contre la pauvreté, la réforme de nos institutions démocratiques (dont le mode de scrutin et la discipline de parti), la justice fiscale, l’investissement massif dans les transports en commun, une éducation gratuite de qualité, une agriculture locale saine et l’émancipation vis-à-vis du pétrole, je ne serai pas loin de désespérer pour l’avenir de nos enfants, de notre monde et de notre société.

En tant que sociologue, je n’écris pas ces mots à la légère, croyez-moi.

« Vivre, c’est être utile aux autres », a écrit Sénèque

La recherche du bien commun devrait être notre priorité absolue. Non la recherche d’avantages matériels individuels toujours plus accentués.

Je comprends et respecte l’opinion de celles et ceux qui persistent à accorder préséance aux considérations stratégiques dans leur choix électoral. Je pense toutefois qu’elles font fausse route. En jouant le jeu du système tel qu’il nous est imposé, ces citoyennes et citoyens confortent les partis en place dans leur détermination à n’y rien changer. Et elles se privent d’un des rares leviers citoyens qui soit encore à leur disposition : leur droit à un vote qui les représente.

Il n’y a plus, à l’heure actuelle, qu’une poignée de pays occidentaux qui fonctionnent sans élément de proportionnalité. Notre système électoral uninominal à un tour décourage notre participation électorale en nous donnant l’impression que le vote qui nous représenterait le mieux est un vote perdu. Il n’en est rien! Un vote pour Québec Solidaire est un vote pour la construction d’un Québec différent, qui répond à nos attentes environnementales, sociales, démocratiques, souverainistes et féministes. Le parti est mené par des personnes incroyablement intelligentes, fortes et expérimentées. Françoise David ferait probablement la meilleure première ministre depuis René Lévesque. De plus, l’équipe du parti est solide, formée d’économistes, de syndicalistes, de femmes d’affaire, de professeurs, d’immigrantes, d’intellectuels et d’artistes, en plus de gens de tous les horizons sociaux qui ont à coeur de développer une société plus juste, plus créative, plus riche dans le vrai sens du terme, c’est-à-dire une société plus humaine et plus heureuse – et toujours prospère. Le parti reconnaît qu’il faut de l’argent pour mettre en place des programmes sociaux inclusifs et il explique clairement où il entend prendre cet argent. (Certainement pas chez la classe moyenne, dont le parti reconnaît qu’elle fait déjà sa part. C’est tout le programme politique de Québec solidaire, d’ailleurs, qui vise d’abord et avant tout à améliorer la qualité de vie de cette classe.)

http://www.quebecsolidaire.net/engagements-electoraux/

Un vote pour Québec Solidaire, c’est aussi un peu d’argent pour le parti (quelques sous par votes…) et surtout l’occasion de faire entendre notre vraie voix : une voix qui réclame un système politique équitable qui nous ressemble, une voix pour l’environnement, pour la justice sociale, pour une économie humaine. C’est aussi une voix en faveur de la souveraineté, une souveraineté portée par la population dans un projet démocratiquement développé.

Québec Solidaire divise-t-il le vote de gauche?

Peut-être croyez-vous encore que le PQ est un parti de gauche. Afin d’entretenir cette conviction, vous devez faire abstraction de faits incontournables, tels que le recrutement d’un homme d’affaires de la droite antisyndicaliste comme porte-parole vedette du parti, le recours aberrant et populiste aux opinions mal articulées et fondées sur la peur de Janette Bertrand pour défendre la Charte, les coupes opérées par Agnès Maltais dans l’aide sociale – des coupes pires encore que celles qu’ont osé faire les libéraux pendant leurs dix années au pouvoir, l’appui financier de cette même Agnès Maltais à la construction d’un amphithéâtre coûteux et inutile jusqu’à preuve du contraire, le populisme odieux dont le parti a fait preuve dans le dossier de la Charte, fondant son discours et ses arguments sur la « peur », le « malaise », etc., tout en préservant le crucifix à l’Assemblée nationale, le soutien au renversement du flux de l’oléoduc Enbridge, l’incapacité à négocier des redevances minières dignes de ce nom, le feu vert à la prospection pétrolière à Anticosti, le recul devant les élections à date fixe, l’abolition de l’enseignement de l’anglais intensif en sixième année, la protection sans ambages de sites culturels d’importance primordiale tels que les hauteurs de Sillery, les subventions aux écoles privées et aux organismes religieux…

J’en passe, et des meilleures, comme dirait l’autre.

Si comme moi vous croyez que la vraie gauche nécessite un repositionnement de larges pans de l’économie et des politiques sociales, vous ne trouverez rien pour vous satisfaire au PQ. Pauline Marois est-elle capable de faire la souveraineté? La désire-t-elle vraiment? Je vous laisse juger. Mais pensez-y. À l’heure actuelle, que nous soyons dirigés par le PQ, par la CAQ ou – donnez-moi un instant pour me signer ici –  par les libéraux ne change pas grand chose aux orientations néolibérales de la province. Vaut-il la peine de sacrifier l’essence même de la démocratie en votant « stratégique »? N’oublions pas que le principe même de la démocratie est que les opinions de chacune et chacun soient entendues. Envoyons un signal clair au système : nous voulons pouvoir voter pour le parti de notre choix, pas contre tel autre parti.

J’ai été militante de Québec Solidaire et je puis certifier qu’il s’agit d’une réelle alternative et non d’un autre de ces partis qui se clament différents mais qui n’en veulent qu’au pouvoir. La culture du parti est profondément démocratique et égalitaire. Tout le monde y a le droit de parole et toutes les idées sont débattues. Je vous invite à participer à ses nombreuses assemblées publiques afin de vous faire vous-mêmes une idée.

Nous nous plaignons sans cesse que la politique est déconnectée, qu’on ne peut rien y faire, que rien ne va changer. Les puissants de ce monde ont d’ailleurs tout intérêt à ce que nous entretenions la conviction de notre impuissance et de notre inutilité. « Contentez-vous de consommer » est leur message implicite. Or, voici un parti qui dit : « Oui, on peut faire les choses autrement, à condition de croire en nous. » Un parti qui croit au service public et en l’intégrité. Ne nous laissons pas ébranler par ceux qui minimisent les capacités du parti. Informons-nous! Constatons que les solutions proposées par Québec Solidaire sont articulées, chiffrées (on ne peut en dire autant de tous les partis…) et raisonnables. Il n’y a rien d’utopique dans ce qu’avance Québec Solidaire et ses militants sont sérieuses et sérieux. Demandons-nous pourquoi les médias qui sont la propriété privée de milliardaires sont ceux qui banalisent le mieux les voix de celles et ceux qui cherchent à convaincre des possibilités réelles – et simples! – qui s’offrent à nous pour que nous instaurions une société véritablement démocratique.

Nous avons la chance inouïe de vivre en un continent et en un siècle gâtés par l’histoire. Nous mettons nos enfants au monde dans une société qui leur permet de grandir en santé et de s’épanouir. Étant donné le cul-de-sac environnemental et financier dans lequel s’enfonce le néolibéralisme, ces privilèges pourront-ils être maintenus dans les prochaines décennies? Ne laissons pas le pessimisme nous gagner. Donnons-nous le projet de société que nous méritons, soyons fières et fiers d’être capables de construire la société la plus juste, la plus écologique et la plus humaniste possible.

La nouveauté est toujours méprisée. Ceux qui détiennent le pouvoir ont peur des mouvements qui prennent forme, surtout s’ils représentent un courant profond. Mais il arrive qu’un peuple se tienne debout devant l’avenir et qu’il ose faire les choix qui lui donneront une société meilleure. Le Québec l’a fait en 1960. Les Écossais et les Catalans le feront peut-être l’automne prochain.  Qu’attendons-nous? Le Québec a été assez fort et déterminé pour créer un parti convaincu et intelligent; sera-t-il assez fort pour l’élire? Pourquoi ne nous donnerions-nous pas, nous, Québécoises et Québécois de toutes origines et de toutes générations, un gouvernement porteur d’espoir et d’avenir?

« Toute vérité franchit trois étapes, a écrit Schopenhauer : d’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été une évidence. »

Le 7 avril, votons pour un parti qui propose la société meilleure à laquelle nous aspirons toutes et tous.

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Ce texte fait suite à Québec solidaire… pour l’espoir.

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