40 moments de ma vie

par Annie Cloutier

1-Quand mes parents et leurs amis réunis dans le salon de notre petit appartement, le soir du 15 novembre 1976, se sont mis à crier « PQ!  PQ! » en se tenant dans les bras et en pleurant de joie. C’est mon plus ancien souvenir. Je venais d’avoir trois ans.

2-Quand mon père m’a tenue sous les aisselles, le nez aplati contre la vitrine, pour que je contemple ma petite sœur parmi les autres bébés de la pouponnière, en avril 1977. Ce soir-là, ma mère est demeurée à l’hôpital et nous avons soupé en tête à tête, mon père et moi. Je n’avais pas tellement faim. Mon père accomplissait les gestes qu’il fallait pour que je ne me sente pas menacée. Il me parlait du printemps, des bourgeons, de la neige qui fondait. Ambiance inédite, étrange. J’avais trois ans et demi.

3-Quand, pour la première fois, j’ai tenu sur mes genoux une image de l’évolution humaine d’après la théorie darwinienne. Vous savez, cette fameuse série de singes se métamorphosant progressivement en hommes. Il faisait nuit. Les rideaux étaient tirés. J’étais assise sur le divan, les pattes dépassant à peine sous une épaisse encyclopédie. Ces êtres nus, poilus et préhistoriques me faisaient peur. Quelques jours plus tard, la question avait pris une forme claire dans mon cerveau : « Est-ce que toi aussi, tu vas mourir, papa? » J’avais quatre ans.

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4-Quand, assise dans la voiture près de ma mère, regardant défiler les enseignes commerciales sur le boulevard, j’ai lu avec application : « Pharm-Escompte Jean Coutu ». Ma mère s’est immobilisée au feu rouge. Elle a tourné son regard vers moi. « Comment tu sais ce qui est écrit? a-t-elle demandé d’un ton qui se voulait neutre. Tu reconnais l’enseigne? » Comme souvent, plus tard, dans ma vie, j’ai tenté de répondre avec légèreté à ce que je percevais comme un danger, ma vie sur le point de basculer : « Non, non. C’est juste que je l’ai lu. C’est écrit. » Je comprenais que quelque chose de crucial était en jeu. Mais je ne savais pas quoi. C’était l’automne de la maternelle. Je venais d’avoir cinq ans.

5-Je n’ai aucun souvenir de mon apprentissage autodidacte de la lecture. Ma mère a souvent raconté que lorsqu’elle m’a demandé, interloquée : « Mais comment tu savais que « ph », ça fait le son « f »? Comment, qui, où as-tu appris? », j’ai répondu : « C’est écrit sur les céréales du déjeuner, les Alpha-bits. » Une chose est sûre, toutefois : à partir de ce moment, je suis devenue une « enfant douée ». Aux yeux de mes parents d’abord, puis de ceux du personnel enseignant, puis de plusieurs personnes aussi et, éventuellement, et pendant plusieurs années, c’est ainsi que moi-même, je me suis définie.

6-Quand l’orthopédagogue, terminant une séance particulière qu’elle tenait chaque jour auprès de moi, a refermé un manuel d’exercice et déclaré : « C’est très bien, Annie. Tu es prête pour la troisième année. » Personne ne m’avait expliqué ce que je faisais dans son bureau tous les après-midis. J’aimais l’orthopédagogue. J’aimais qu’elle vienne me chercher dans la classe, le sentiment d’exclusivité. J’ai toujours apprécié les exercices didactiques, les conjugaisons, l’arithmétique, les jeux de l’esprit, le sentiment satisfaisant d’avancer vers la dernière page du cahier. Mais sa phrase m’a pétrifiée. J’étais en première année. De façon subite, terrassante, bouleversante, la prochaine étape serait : troisième année. Comment était-ce possible? L’ordre immuable – première-deuxième-troisième – allait être cassé. Pourtant, c’est mon innocence d’enfant que j’ai voulu préserver en haussant les épaules et en rigolant : « Mais non, voyons! L’année prochaine, je vais être en deuxième année! » Il y avait une certaine bravade dans mon ton. Comme si je n’étais pas consciente de n’exercer aucun contrôle sur la situation.

7-L’orthopédagogue n’a rien répondu. Le soir, toutefois, il est devenu évident qu’elle avait passé un long moment au téléphone avec mes parents cet après-midi-là. J’étais assise avec ma mère dans le salon.

Après le souper, mon père est sorti jouer au baseball avec ma sœur dans la cours.

« Je ne veux pas sauter ma deuxième année, maman. Je veux rester avec mes amies. »

Que répondre à cela? Mes parents nourrissaient de grandes ambitions pour moi. Aussi ma mère a-t-elle sortie l’artillerie lourde : « Annie, écoute-moi. Dieu t’a donné un talent particulier. Tu dois t’en montrer digne. Aller au bout de tes capacités. » Bien qu’ils fussent croyants et parfois même pratiquants, jamais mes parents ne m’avaient parlé de Dieu jusqu’à ce moment. Jamais il n’avait été question que ma volonté se plie à un plan transcendant.

8-J’étais dépassée par le caractère inédit de cette chose que je ne savais pas exister : une enfant pouvait sauter une année. J’avais peur. Je ne désirais pas être cette enfant. Mais j’étais fière, aussi. Et je sentais qu’au fond, c’était la bonne solution pour moi. Ce soir de mai 1980, ma vision de moi-même est devenue celle d’une personne élue, particulière, distincte. J’avais six ans et demi.

9- Quand, en cinquième année, notre professeur s’est mis à nous expliquer qu’il y avait une Guerre Froide, des ogives nucléaires, des méchants Russes, une menace, des tensions, des communistes, la possibilité que nous ne nous rendions pas au bout de notre vie. Le monde pouvait se pulvériser, éclater et finir. Même dans les rues ombragées de Limoilou. Même les enfants. Même ici et maintenant. Personne, jamais, ne m’en avait avertie. Ce soir-là, dans la voiture qui me ramenait de la gymnastique : « Mais le Canada ne pourrait jamais être en guerre, han, papa? On est protégés, ici, non? »

-Non. Pas nécessairement.

Il n’a jamais été trop trop doué pour la vérité avec des gants, ce père-là.

10-Quand, l’année suivante, « l’obsédé » a emménagé dans le quartier. Ne vous affolez pas. Il s’agissait d’un garçon de ma classe qui en savait plus que moi au sujet des capitales du Canada et des divisions à quatre chiffres par trois. Il venait d’une école où « on s’embrassait ». Son arrivée a causé de la commotion dans notre classe sans histoire. Nous nous connaissions depuis années. Nous faisions semblant de mépriser les membres du sexe opposé. Avec l’arrivé de celui que du creux de notre enfance infiniment protégée, nous surnommions « l’obsédé » parce qu’il désirait nous embrasser, mon rapport avec les garçons s’est singulièrement complexifié. J’avais 11 ans. J’étais en sixième année.

11-Quand, à la gymnastique, on s’est mis à me mesurer, à me peser et à hocher la tête en consignant des chiffres qui, de toute évidence, ne convenaient pas. J’allais dorénavant refuser de retirer t-shirts et pantalons ouatés à l’entraînement. Gavage de mille-feuilles Vachon au retour du gymnase. Début de la conscience d’un travail à effectuer sur mon corps. Je suis trop grosse, costaude, constamment affamée. Début de l’adolescence. Fin de la sixième année. 11 ans et demi.

12-Quand j’ai fait mon entrée à l’école secondaire. Il n’a pas été question, pas même un seul instant, que je fréquente l’école secondaire de mon quartier. J’irais « au privé ». J’avais passé l’été à parcourir les prospectus lustrés qui vantaient les installations sportives, la piscine chauffée et les adolescentes en uniforme bcbg qui discutaient sur le parvis du collège Notre-Dame-de-Bellevue. Des 210 élèves qui entraient en secondaire I ce matin-là, je n’en connaissais qu’une, ma meilleure amie. L’appel nous a séparées. La meute s’est refermée sur moi. La dilution de mon statut d’enfant douée, sa dévaluation, son inutilité, mon plongeon immédiat et brutal dans une classe sociale privilégiée dont je ne comprenais pas les codes, la perte des repères d’une enfance célébrée et choyée : je n’ai jamais oublié cette sensation.

13-En secondaire III, trois événements majeurs :

  • la naissance de mon frère, mon amour fou pour ce bébé que je dépose dans son petit siège sur mon bureau pendant que je fais mes devoirs;
  • un premier amour lumineux, pratiquement asexué, avec le cousin de ma meilleure amie;
  • et, par hasard, la découverte de failles dans la façade apparemment lisse et unie de notre vie familiale. Des incartades. Un couple fissuré.

14-Deux ans plus tard, en Allemagne, un garçon me demande de lui faire une pipe pour la première fois. Il ne le dit pas en autant de mot. Il fait signe : « Mets-le dans ta bouche. » Ce n’est pas désagréable. Un peu fatiguant. Je ne ressens rien d’autre qu’un immense étonnement. J’ai quinze ans.

15-Le 9 novembre de cette année-là, les gens s’étreignent sur le mur de Berlin. Deux mois plus tard, en janvier 1990, j’escaladerai le mur, moi aussi, m’arc-boutant sur les genoux de mes « amis AFS » venus de partout dans le monde. Avec eux, je courrai sur le mur, l’Ouest à ma droite, l’Est à ma gauche, comme il se doit. Sentiment de génération. Je suis d’une jeunesse qui changera le monde.

Sur le Mur

16-Entretemps, le 1er janvier 1990, ma mère quitte mon père afin de vivre au grand jour son amour pour un homme qui agit de façon symétrique : abandon du domicile familial, séparation conjugale, crise de la quarantaine résolue par la passion, les sentiments exaltés.

17-Quand, six mois plus tard, le 7 juillet 1990, je rentre d’Allemagne dans une maison silencieuse. Quand j’apprends sur le tas ce que signifie : « Ta sœur et ton frère sont chez ta mère cette semaine. Mais c’est trop petit là-bas. Il n’y a pas de place pour toi. »

18-Janvier 1991. Première Guerre du Golfe, missiles Scud. Je suis là, dans l’hiver glacial, pelotonnée devant la télé. Le monde se désintègre. Il n’y aura pas de génération, finalement.

19-Les étés sont des répits à cette époque de ma vie. Au camp où je travaille, j’apprends l’anarchisme, la culture LGBT, la nature, la gauche, l’idéalisme, la politique et les modes de vie alternatifs. J’ai la charge de tout-petits qui pataugent dans le ruisseau, leurs cris de joie fusant sous le soleil et les gros nuages blancs. Oh! Que j’aime mon reflet dans leurs yeux rond et noirs! Que je suis belle et bonne auprès d’eux! Qu’il en soit toujours ainsi, que je sois une bonne monitrice, que je sache au moins faire ça, m’occuper des enfants, les trouver attendrissants! J’ai dix-huit ans. Puis dix-neuf.

20- Mais les automnes reviennent. En novembre 1993, dépressive, anxieuse, j’abandonne mes études en droit. Les choses n’adviennent pas d’elles-mêmes. L’avenir… Je m’étais imaginé ça autrement.

21-Quand, le 30 avril 1994, dans un bar de Hull, je rencontre un Néerlandais qui doit faire près de six pieds et demi. Nous nous payons des verres. Nous dansons. Nous discutons jusqu’à tard dans la nuit. Deux mois plus tard, au téléphone, cet homme affirme : « Tu es ce qui est arrivé de mieux dans ma vie. »

22-Quand un livre me tombe entre les mains : À dix kilos du bonheur, de Danielle Bourque. À partir de ce moment, je refuse tout régime amaigrissant. Je suis telle que je suis physiquement. Je ne peux/veux rien y changer. Ça libère beaucoup d’espace sur mon disque dur. L’énergie que je ne mets plus à me préoccuper de mon poids peut désormais être utilisée à d’autres réflexions.

23-Quand, le 5 octobre 1995, dans ma chambre d’étudiante à l’Université d’Ottawa, je tiens un bâtonnet entre mes doigts. Le test est positif. Je suis enceinte. J’ai vingt-et-un ans.

24-Quand, trois semaines plus tard, le 30 octobre, je vote oui au second référendum sur la souveraineté. La soirée entière, devant le téléviseur, je pense à mon enfant. Je souhaite l’avènement de ce pays : pour lui comme pour moi.

25-Quand, en mai 1996, j’accouche aux Pays-Bas dans une maison de naissance sous le regard d’un sage-homme. Très peu d’interventions sont pratiquées. C’est la façon de faire en ce pays. Sans le savoir et sans l’avoir choisi, je découvre l’humanisation des naissances. Dans les sept jours qui suivent, une infirmière payée par l’État passe huit heures par jour à notre domicile, afin de soutenir l’allaitement, nettoyer la maison, recevoir les invités, mettre les fleurs dans des vases, protéger mon repos et préparer le souper avant de repartir vers 17 h. Oh! accoucher aux Pays-Bas. Cela me sera arrivé deux fois dans ma vie.

26-Dans Titanic, l’eau glaciale monte sous les cris de panique et de détresse. Devant les portes cadenassées, une mère de troisième classe comprend qu’elle ne parviendra pas à s’échapper. Elle retourne à sa cabine et borde ses enfants. Elle raconte l’histoire d’un pays merveilleux où les fillettes et les garçonnets sont heureux. Sa voix rassurante. Les enfants s’endorment. Elle est là pour eux.

27-Quand, en décembre 1997, je deviens végétarienne. Ce qui débute par une fascination alimentaire se transforme rapidement en conviction politique. La production de viande épuise les sols et l’eau potable. Elle repose sur l’utilisation d’antibiotiques qui menacent l’environnement et la santé humaine. Elle prive de grain précieux des populations de pays défavorisés. Les récoltes de céréales sud-américaines et africaines sont envoyées au Nord pour nourrir… nos bœufs.

28-Les années passées aux Pays-Bas, mon petit Tristan tout blond sur le guidon de mon vélo. L’urbanisme génial de ce pays densément peuplé. Une rue : une piste cyclable. Tout le monde, toujours, sait de quelle façon se déplacer. Et les quartiers piétonniers! Et les milliers de bosquets entretenus par les municipalités! La beauté, la courtoisie, la placidité des néerlandais. Le calme absolu de cette époque de ma vie.

29-Quand, le 11 septembre 2001, deux avions de ligne percutent les tours jumelles du World Trade center. Nous sommes de retour au Québec depuis trois mois. Chaque matin, Tristan monte dans l’autobus jaune qui le mène à la maternelle dans son nouveau pays. Sous le soleil radieux de ce matin-là, Numa s’ébat dans l’herbe pendant que je récolte les fruits du prunier. J’ai vingt-sept ans.

30-Le monde, pour autant, ne s’effondre pas. Dans les années qui suivent, je suis la mère au foyer de trois enfants, accompagnante à la naissance, membre du comité de concertation régional de Québec Solidaire. Chaque mercredi, « notre » fermier vient partager ses légumes biologiques avec les gens de mon quartier. Nous mettons notre entrée à sa disposition. Nous n’avons pas de voiture, de toute façon. C’est la fête. Une occasion d’échanges et d’amitié chaque semaine. Nous organisons des pique-niques dans le parc du quartier. Des concerts-maison. Des après-midis à cuisiner. Les enfants sont chauds contre mon ventre lorsque je les extrais de leur lit en fin d’après-midi. La plus belle époque de ma vie.

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31- Quand, par un splendide après-midi d’été, Casimir s’élance sans VFI dans la piscine creusée d’une amie. Je bois de la limonade sous le parasol avec cette amie. Loin, très loin me semble-t-il, de la chevelure blonde et bouclée de mon enfant qui s’étale immédiatement comme une méduse à travers l’eau bleue. Casimir a trois ans. Il ne sait pas nager.

« Tristan! que je crie à mon aîné qui joue dans la piscine sans se soucier de ce qui passe à un mètre de lui. Repêche Casimir! Il va se noyer! »

Mais Tristan n’a que dix ans et se pétrifie, lui aussi.

L’instant suivant, je fais enfin ce qu’il faut, je cours, je saute dans l’eau toute habillée, j’agrippe mon enfant par les cheveux.

Plus tard, je pleure nerveusement. Casimir se vautre contre moi.

Nous avons été épargnés.

Mais je sais, maintenant.

La fragilité de la vie.

Ce qui se joue en un instant.

32-Quand je lis Guns, germs and steel de Jared Diamond. J’en ai lu, des ouvrages de vulgarisation scientifique, au cours de ma vie. Celui-ci a imprégné de façon durable la façon dont je conçois l’évolution de la vie, de la terre et de l’humanité. Plaques tectoniques. Néolithique. Faune, flore, chasse et cueillette. Austronésie. Décentrement de perspective. Passage de la nature à la société. Conquêtes, contextes, développements technologiques. Le parcours du genre humain dans une coquille de noix.

33-Quand je rêve d’Anna et d’Angela, une nuit de décembre 2005. Au réveil, une trame s’impose à moi : deux femmes naissent le même jour, se lient d’amitié, mais connaissent des destins différents. Laquelle des deux opère les meilleurs choix? Laquelle réussit le mieux sa vie? Les histoires croisées d’Anna et d’Angela deviendront Ce qui s’endigue, mon premier roman.

34-Il faut dire que j’en suis à un tournant, personnellement. Dix ans de maternité au foyer. Trente-deux ans. Est-ce que je vais faire cela toute ma vie? Au parc, je rencontre une compagne du secondaire, qui travaille au Panama pour les Nations-Unies. Revue chez Simons, dans le rayon des gilets, une autre est médecin en Afrique du Sud. Une autre encore, biologiste à Princeton – je l’apprends par sa mère, croisée sur la rue Maguire. Une autre encore vient tout juste de publier son premier essai de droit.

Qu’est-ce que moi, je fais de ma vie?

Je marche sur la falaise de Sillery. Le vent glacial me fouette le visage. Je soupèse, évalue. Quelques jours auparavant, j’ai rencontré une femme fabuleuse qui concocte des tisanes avec les plantes de son jardin tout en terminant son doctorat. Le casse-tête dans ma tête change de paramètres : on peut intégrer le système tout en préservant son intégrité. Concilier chaque aspect de moi-même.

Intégrer/intégrité.

À mon retour à la maison, ma décision est prise : je retourne à l’université.

35-Quand, le nez plongé dans le bottin des départements, des programmes et des facultés, mon regard tombe sur « sociologie ». Le combiné à la main, je suis en train de signaler le numéro du département de philosophie. Je raccroche.

Pas philosophie, malgré ce que j’ai toujours cru, éventuellement, désirer étudier.

Non.

Sociologie.

36-Quand, après 18 ans de vie commune, je me marie avec l’homme de ma vie, le 18 août 2012.

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37- Quand je réalise que mes garçons aussi vont visionner de la pornographie sur Internet et qu’il n’y aura rien que je pourrai faire pour les en empêcher.

38-Margaret Laurence, Annie Ernaux, Elizabeth Gilbert, Simonne Monet-Chartrand, Nancy Fraser, Siri Hustvedt, Nancy Huston, Susie Arioli, Emily Carr, Annie Leclerc, Frida Kahlo, Josée di Stasio, Liv Ullmann, Julie Stanton, Jane Austen, Andrée Laberge, Melody Gardot, Françoise David, Hilary Hahn, Iris Murdoch, Margaret Atwood, Lhasa de Sela, Marie Cardinal, Beatrix Potter, Sophie Tolstoï, Mylène Bouchard, Karen Blixen, Madeleine Gagnon, Georgia O’keeffe, Aki Shimazaki, Carol Shields, Milena Agus, Linn Ullmann, Mollie Katzen, Catherine Major, Dominique Fortier, Laure Waridel, Klara Wieck-Schumann, Nancy Fraser, Sigrid Undset, Marjane Satrapi.

39-Quand, le 12 décembre dernier,  en compagnie de mon père, je visite l’exposition consacrée à Pierre Gauvreau au Musée de la civilisation. Plongée dans l’univers bariolé, excentrique, exultant de l’artiste, je sens monter la vérité de ce que je tente d’accomplir grâce à l’écriture : l’expression d’un monde libre qui soit à la fois le mien et celui d’une communauté. « Je ne fais pas de distinction entre ce que je peins, ce que j’écris et le grand jardin que Janine et moi cultivons pour notre plaisir », a écrit Pierre Gauvreau, un être entier, insoumis, qui cherchait à faire de ce jardin « un lieu d’amitié, d’accueil et de générosité »[1]. Que chacun fasse ce qu’il a à faire et la société s’en trouvera renforcée. Ce blogue est ma contribution. La voix d’une femme qui apprend peu à peu à ne pas s’en laisser imposer.

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40-Ce même jour, notre visite terminée, nous prenons un café près de la baie vitrée donnant sur le fleuve, mon père et moi. Je lui fais part de mon intention de reprendre mon doctorat. Il me contemple. Dans ses yeux, il y a toute l’attention et la bienveillance du monde. « Concentre-toi et mène ce projet à bien, conseille-t-il. Tu sais te montrer d’une redoutable efficacité quand tu t’y mets. Le reste va tomber en place. Aie confiance. Le doctorat, c’est bon pour toi. » Il sourit. « Je te connais, tu sais. Tu es ma fille depuis quarante ans. »

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